Objectif Mada est l'association qui après avoir assuré le soutien logistique du tour de Madagascar
de Simon et Stéphanie permet aujourd'hui le développement de projets en lien avec l'éducation et l'environnement
Bienvenue sur le blog de l'association loi 1901 Objectif Mada - Tanjona Mada
mardi 2 novembre 2010
Newsletter n°2
Bonjour à tous et merci de continuer à suivre notre aventure. Voilà maintenant près de deux semaines que nous avons quitté la capitale de la Grande Ile Rouge (Antananarivo) pour Diégo-Suarez (Antsiranana). Encore une fois, cette newsletter ne peut qu’être un bref résumé de toutes nos découvertes, on vous en dira probablement plus à notre retour.
Nous avons choisi de faire le trajet en taxi-brousse, sorte d’antique mini-bus bondé et puant, pour des questions de coût mais aussi pour vivre au plus près de la population malgache. Par ailleurs, le taxi-brousse est tellement typique qu’il serait presque, à notre avis, une erreur de ne pas l’essayer au moins une fois. Cependant, nous ne sommes pas près de l’oublier. Avec près de 30 heures de voyage sans arrêt (à part les pauses pipi en pleine brousse et les arrêts pour déposer les gens tout le long du chemin)et 32h sans manger le moindre peu bout (nous avions prévu du chocolat mais il a fondu…) le taxi-brousse fut un grand moment en lui-même! Et ironiquement parlant, on était pas du tout serré, on avait pas du tout chaud… Enfin, c’était malgré tout une aventure à vivre. Stéphanie aurait cependant préféré avoir une place assise, parce que 28h assise sur le fer entre deux strapontins, ce n’est pas très confortable… Elle en pleurait presque.
Diégo-Suarez est une ancienne ville coloniale, qui était française avant le reste de La Grande Ile et qui est restée longtemps sous gestion militaire française bien après la décolonisation. Son statut est donc un peu particulier. Il y a beaucoup de militaires français qui y sont restés, et beaucoup de vasahas qui s’y sont installés par la suite. Aujourd’hui encore, ils sont près de 20 000 résidents étrangers. Diégo est par ailleurs assez touristique (notamment grâce à la magnifique baie de Diégo qui va jusqu’à l’océan indien), et il y a peu d’insécurité. Les blancs ont donc plus tendance à marcher qu’à prendre un taxi et il n’est pas rare d’en croiser dans la rue, sur la plage ou au marché, ce qui contraste fortement avec Tana. Cette ville au passé glorieux garde de nombreuses traces de sa riche architecture, même si aujourd’hui les cyclones et le manque d’entretien l’ont un peu transformée en ville fantôme par endroits. Les paysages alentours sont aussi somptueux, avec les 3 baies, la mer d’Emeraude (complètement transparente) ou le petit village de pêcheurs de Ramena. Hormis l’alliance française, il n’y a pas d’activités culturelles importantes, ni de cinéma (le dernier cinéma du pays, le Rex de Tana, a fermé il y a plusieurs années). C’est ce qui explique la présence de très nombreux restaurants, boostés par l’afflux touristique. En arrivant ici en taxi-brousse, on a vraiment l’impression d’être dans un autre univers… Ce n’est pas la même ambiance, pas le même peuple, pas la même végétation… Mais c’est toujours Madagascar.
Très étendue, la ville ressemble à une sorte de gigantesque village et on réalise très vite que le taux de pauvreté n’est pas le même qu’à la capitale. Ici, on peut facilement vivre du tourisme, de la pêche et de la culture. Un phénomène est à noter cependant : l’omniprésence des taxis jaunes : des 4L aux 3 roues, la profession a été victime de son succès, et ils sont aujourd’hui en surnombre…
On remarque aussi la présence de nombreux « conducteurs » de pousse-pousses qui transportent (avec beaucoup de mérite) des matériaux la journée et qui font office de ramassage scolaire (avec 6 ou 7 écoliers par pousse-pousse !) en début et fin de journée. La nuit, la plupart sont gardien, ils ne dorment donc jamais dans un lit !
Diégo a aussi un port de marchandise, plus petit que celui de Tamatave, mais qui reste assez important malgré tout.
De part la présence de nombreux vasahas, même si la population est moins pauvre, il y a un réel décalage entre les « colons » et la population locale puisque certains vivent avec une retraite française ou un salaire élevé.
Malgré tout, beaucoup d’associations humanitaires ont été créées.
Il y a l’association pour les enfants de l’école maternelle de Ramena, qui récolte des fonds pour ouvrir une nouvelle école. Il y a « Cœur et conscience » qui développe l’éducation à Diégo, « Coup de pouce » ou encore le « Lions Club » qui aide au développement de la ville et finance des projets de toute sorte.
Il y a encore l’Alliance Française. Créée à échelon international, l’alliance française existe depuis de nombreuses années. Il y a un organisme principal à Tana et des antennes un peu partout dans le pays, dont une à Diégo. L’alliance française est un organisme culturel proposant des cours de français, d’anglais, de malgache et d’espagnol de tous niveaux, mais aussi une bibliothèque avec des prêts de livres et des expositions et activités culturels (ateliers d’écriture, de lecture…) de toutes sortes. Le bureau principal de l’alliance se situe à Paris.
La gestion des déchets
C’est un des problèmes majeurs de la ville de Diégo, et plus généralement de Madagascar. Comme à Tana, ici il n’y a aucun traitement des déchets. Pas de poubelles, pas de recyclage, pas même un seul incinérateur dans tout le pays. Seulement des bennes à ordures éparpillées ça et là, ramassés à l’occasion, quand le budget municipal le permet ou quand les élections s’approchent. Et un terrain vague à la périphérie de la ville qui fait office de décharge et auquel on met le feu de temps en temps pour faire de la place sur le tas. Pas même de clôture à ce grand champ et les malgaches, avides de modernité, se sont depuis longtemps mis aux sacs plastiques. Ceux-ci, bien qu’aujourd’hui bannis des caisses de supermarché en Europe, ont la vie belle à Madagascar. Le vent aidant, ils n’ont aucune difficulté pour s’envoler à tout va. Les arbres, à Diégo comme ailleurs, sont ainsi couverts de milliers de guirlandes plastiques de toutes les couleurs…
Si des programmes de recyclage ont été mis en place dans certains pays pauvres, débarrassant les villes de leurs ordures et octroyant du même fait un revenu non négligeable aux « soldats de la propreté » qui ramassent, trient et revendent les ordures, rien de tel n’existe encore à Madagascar. Les populations qui pourraient bénéficier de tels programmes se désintéressent pour la plupart complètement de ces problèmes là. Malheureusement, il y a encore beaucoup à faire pour faire émerger ici une conscience environnementale.
Les décharges publiques sont néanmoins fouillées par les plus pauvres parmi les pauvres. Pas de quoi en faire une activité décente cependant : les bouchons de bouteilles plastiques sont ainsi revendus autour d’un centime d’euros le kilo…
Si ce problème d’ordures jonchant les rues est donc un problème général à Madagascar, il n’en reste pas moins que Diégo-Suarez reste quand même bien plus propre que Tana.
Le travail des enfants
En Afrique de l’ouest, le travail des enfants (et même l’esclavage des enfants) est fréquent. Les enfants soldats en sont l’illustration la plus extrême. Il arrive que même lorsque les enfants sont scolarisés (comme nous le disait une amie qui œuvre au Togo) ceux-ci soient utilisés par leur propre instituteur, durant les temps d’école, pour des travaux ménagers ou des choses plus dramatiques encore. De tous les témoignages qu’on ait pu recueillir (résidents, instituteurs, parents, …) cela n’existe pas à Madagascar. La majorité des enfants sont scolarisés, et lorsqu’ils sont scolarisés, ils le sont vraiment : ils ne sont pas sortis de l’école par leur propre instituteur. Cela n’empêche pas les enfants d’accomplir de menus travaux avant ou après l’école pour gagner un peu d’argent (jardinage, ménage,…) mais cela ne les empêche généralement pas de poursuivre normalement leur scolarité.
Si « la majorité des enfants sont scolarisés », cela signifie néanmoins qu’ils ne le sont pas tous. En ville, de larges affiches de propagande titrant « Carton route au travail des enfants » sont là pour nous le rappeler. La société malgache repose sur une stratification sociale et un système de castes (très proche du système de castes indien) avec les descendants de roi à un bout de l’échelle et les descendants d’esclaves à l’autre bout. Ces derniers sont en général très mal considérés par la haute société malgache (et par certains vasahas), vivent de petits boulots et n’ont généralement pas suffisamment d’argent pour la scolarisation des enfants (bien que l’école publique soit gratuite à Madagascar, mais il y a toujours des frais de rentrée, comme en France). Même lorsque, à force de travail, une famille issue d’une petite caste parvient à scolariser ses enfants, elle devra choisir certaines écoles plutôt que d’autres, et surtout pas d’école privée : si les enfants de la femme de ménage se retrouvaient dans la même école que ceux de ses patrons, elle devrait les retirer immédiatement sous peine de perdre son emploi !
Les enfants issus de ces petites castes ne sont donc pas toujours scolarisés. Ils sont alors généralement employés comme bonnes à tout faire (pour les petites filles) ou pour les travaux des champs (pour les petits garçons)…
Autre problème : les enfants des rues. Il s’agit d’enfants livrés à eux-mêmes, orphelins ou dont la famille ne s’occupe pas. Ceux-ci ne vivent que de petits boulots et de menus larcins. Ils ne sont bien évidemment pas scolarisés, même si l’ONG « Graine de bitume », très active sur ce point, œuvre pour la réinsertion scolaire ou professionnelle de ces enfants.
La situation des enfants reste donc un problème à Madagascar.
Ramena
Petit village de pêcheurs, Ramena (on ne prononce pas le « a » final) est devenu la plage de Diégo, situé à une quinzaine de kilomètres. Pour aller à Ramena, on emprunte une petite route pittoresque, où il n’est pas rare de faire la rencontre de zébus ou de poules en liberté. Sur le côté droit, de magnifiques Baobabs se dressent fièrement (on réalise alors que le baobab, par sa puissance, sa grandeur et sa beauté, n’a décidément rien de commun avec les autres arbres) tandis qu’à gauche, au loin, on aperçoit la baie de Diégo et son fameux Pain de sucre, un pic rocheux abrupt qui semble posé là par erreur, entouré d’eau, magnifique au coucher de soleil (la petite ile qu’il forme est fady, interdite d’accès, pour des raisons religieuses).
Au port de Ramena, on fait aisément la différence entre les bateaux de touristes ou des vasahas et ceux des pêcheurs. Ces derniers utilisent des boutres, de petits bateaux artisanaux tout en bois, équipés d’un mât et d’une voile libre, attachée en haut du mât et à l’avant du bateau. Le petit moteur à essence sert aux manœuvres d’approche. C’est avec ce type de bateau que nous sommes partis à la mer d’émeraude. C’est vraiment sympathique et les paysages sont absolument magnifique…C’était une super journée, si on oublie que notre mât s’est cassé (!), et qu’on est ensuite tombés en panne d’essence…
La mer d’Emeraude est à l’extérieur de la baie de Diégo, en remontant vers le nord. Depuis Ramena, il faut compter une heure en boutre, mais le résultat est spectaculaire ! Nous découvrons une eau d’une couleur particulière et d’une transparence impressionnante. Pour un peu, on aurait vraiment l’impression d’être les figurants d’une revue en papier glacé…
De l’autre côté de Ramena, directement sur l’océan indien, il y a les 3 baies dont la baie de Sakalava où l’on retrouve de nombreux kite-surfeurs et où l’on constate que cet endroit de Madagascar est quand même très touristique par rapport à Tana. Il y a également la baie des pigeons, plus ou moins désertique et qui, elle, rappelle par endroits les paysages dénudés d’Irlande, ailleurs le maquis Corse ! Et enfin, la baie des Dunes, d’où l’on aperçoit d’ailleurs vaguement, au large, la mer d’Emeraude.
Joffreville et la Montagne d’Ambre
A une trentaine de kilomètres de Diégo se trouve la petite ville de Joffreville. A l’époque coloniale, cet endroit était le lieu de repos des militaires en faction à Diégo, car elle bénéficie d’un climat doux et pluvieux de par son altitude élevée, bien plus reposant que la chaleur suffocante du bord de mer. A quinze minutes de là, après une piste assez sportive, on se retrouve devant l’entrée du parc national de la montagne d’Ambre, géré par l’Angap (Association Nationale pour la Gestion des Aires Protégées), en collaboration avec le WWF. Pour visiter le parc, il nous faut impérativement un guide, ce qui permet d’éviter les abus, d’assurer un certain contrôle et de faire travailler la population locale. La réserve s’offre alors à nous, du long de ses 18200 ha, jusqu’à son sommet culminant à 1475 m. Tout ici, ou presque, est endémique : chaque arbre, chaque plante, chaque animal sur lequel l’œil s’attarde est une espèce propre à Madagascar, et ne vit nulle part ailleurs. Certaines ne vivent même qu’à la Montagne d’Ambre. Sur les 11 espèces de caméléons vivant ici, nous en verrons deux, dont le plus petit du monde (à peine 2 cm !). Il faut dire que Madagascar recueille plus de la moitié des caméléons du monde… Nous croiserons aussi deux espèces de lémuriens (dont le fameux Fulvus sanford), des mangoustes, des orchidées à en perdre la tête, et des centaines d’espèces endémiques de plantes carnivores, de champignons, lianes et plantes médicinales. Ici, un figuier étrangleur (Ficus rubra), là un martin pêcheur ; ici une magnifique cascade sacrée (il y en a trois dans le parc, que nous verrons toutes les trois), là une datura, du yucca, un pandanus, une framboise sauvage, Canarium madagascariensis, Cana indica ou un joli petit oiseau, « ouli-ouli ».
Nous nous attardons 5h dans ce parc à l’occasion d’une randonnée et décidément, à chaque nouveau pas, nous ne pouvons que constater que l’endémisme est partout. Dépaysement garanti !!
Le lac sacré
Plus loin dans les terres, près d’Anivorano Nord, il y a le lac sacré. Selon une légende, un sorcier aurait puni un village pour sa méchanceté et son manque d’accueil et les aurait tous transformés en crocodiles excepté une femme qui lui avait, elle, donnée de l’eau. Aujourd’hui, c’est un beau lac infesté de crocodiles et qui attire les touristes notamment les jours de sacrifice et de rituels. On a vu deux bébés crocodiles, la maman ne devait pas être loin mais elle se cachait.
Le nord de Madagascar est donc haut en couleur et totalement différent de la capitale de par son climat, son paysage et sa population. De ce fait, nous avons choisi de faire volontairement une newsletter très carte postale, non exempte cependant de quelques réflexions.
Nous vous retrouverons très prochainement pour une nouvelle lettre.
Les nouvelles photos ont été rajoutées sur le site internet de l’association, toujours ici :
http://objectifmada.free.fr/visionneuse/web/index.html
Nous atteignons la capacité maximale donc nous ne pouvons malheureusement pas partager avec vous toutes nos photos. Les autres le seront donc sous forme d’exposé, à notre retour en France, comme prévu.
A bientôt.
Simon et Stéphanie
lundi 11 octobre 2010
Objectif Mada Newsletter 1
Avant de vous présenter le début de notre voyage, nous attirons votre attention sur le fait que notre site internet n'est plus à jour depuis un moment et nous nous en excusons : nous avions perdu les codes d'accès avant notre départ à Madagascar. Nous les avons maintenant récupérés, mais ici les mises à jour risquent d'être difficiles vu nos possibilités de connexions internet et l'extrême lenteur du réseau… Cela se fera donc, on l'espère, petit à petit.
En attendant, c'est donc par l'intermédiaire de cette newsletter que nous remercions toutes les personnes qui nous soutiennent et notamment nos donateurs : L'entreprise PPS de Marseillan, Jean-Michel, Bernard, Jeanne, Sonia, Christophe, Arlette, Paule, Michel, Christine ainsi que tous ceux qui nous ont aidé ces derniers mois ou ces derniers jours, et qui se reconnaitrons.
Madagascar.
C'est une jolie île vue du ciel.
En arrivant à l'aéroport, on se retrouve dans un décor de films exotiques. L'avion atterrit entre des champs et des lacs et on sort directement sur le tarmac. Personne à part les voyageurs et quelques policiers interdisant les photos.
Dans l'aéroport, l'ambiance est tout autre. Nous arrivons à la douane et nos visas de 3 mois nous permettent de passer directement sans faire la queue. Nous récupérons nos bagages, passons un dernier contrôle de douane sans le moindre problème. Après tout ce qu'on nous avait dit sur les problèmes de douane et la corruption de fonctionnaires, on s'attendait au pire. Mais il semble que Madagascar tente de faire des efforts dans ce domaine. Le passage à la douane et la récupération sont calmes comparé à l'effervescence de la sortie. Lorsqu'on passe finalement, le dernier contrôle, Madagascar la grande île s'ouvre enfin à nous comme elle est. Et ca fait un choc. Des dizaines de personnes tendent vers nous des panneaux portant l'inscription de telle personne ou de telle association. Nous jetons un rapide coup d'œil pour voir si nous ne voyons pas Kony, le contact qui doit venir nous chercher. Ne le voyant pas, nous nous dirigeons vers la sortie de l'aéroport afin de s'extirper de la cohue ambiante pour réfléchir à ce qu'on avait encore à faire. Mais instantanément, nous voila entourés de dizaines de chauffeurs de taxi qui se proposent de nous amener dans un hôtel, de tour-opérateurs, de vendeurs en tout genre qui nous proposent des excursions et qui nous laissent quand même leur programme avec un numéro de téléphone, malgré notre refus catégorique, des gens qui nous proposent leur aide pour tout et n'importe quoi, comme échanger de l'argent à un taux avantageux mais sans aucune légalité, passer un appel dans l'aéroport pour voir si notre contact est dans l'aéroport, ou nous amener s'il n'arrive pas. Lorsqu'on dit que ça ne sert à rien d'insister puisqu'on ne connait pas l'adresse, on nous propose alors des téléphones portables pour appeler. Nous commençons à nous sentir étouffés. Nous savons que la première chose à faire est de changer de l'argent, mais à cette heure matinale un dimanche, les banques ne sont pas encore ouvertes. Nous finissons quand même par trouver un bureau de change, la Socimad, dont la porte est encadrée par un homme qui n'inspire pas confiance à Stéphanie mais qui en fait semble nous protéger des rôdeurs en tout genres.
Quand nous ressortons, la meute se fait de plus en plus pressente. Normal, nous sommes des vazahas (des blancs, symboles de richesses), et il n'est pas rare d'entendre dire qu'il est écrit « euro » sur notre front. Pas évident d'expliquer que nous, nous sommes des vazahas pauvres !
La semaine est riche en découvertes. Tant en découvrant la ville qu'en découvrant les gens. Il y a tant de choses à raconter (nous écrivons chacun entre 1000 et 2000 mots par jour dans nos notes personnelles) que nous ne pourront ici que faire un bref résumé. Des images en tout genre, de la somptueuse maison et de l'immense 4x4 avec chauffeur du diplomate étranger au bébé presqu'à l'abandon, trainant dans la crasse et la pauvreté extrême, Tana est la ville du paradoxe et des extrêmes. Ici, nous prenons réellement conscience de ce que signifie « vivre avec moins d'un dollar par jour ». Nous sommes totalement désespérés par certaines situations. Lors de notre première semaine, nous nous faisons attaquer par des enfants des rues (heureusement sans gravité) mais peut-on réellement leur en vouloir ?
Dans notre quartier, Andraisoro, dit « le quartier des sorcières » (les taxis n'osent plus s'y aventurer au-delà d'une certaine heure), à la périphérie d'Antananarivo, nous sommes les seuls blancs. Autant dire que nous ne passons pas inaperçu. Alors, chaque jour, les enfants nous croisant nous lancent un "Salut Vazaha!" auquel nous n'avons d'autre choix que de nous y habituer. Pourtant, il règne quand même une certaine quiétude dans ce quartier déshérité, par rapport au centre ville. Le rythme y est plus lent, la vie plus paisible et les gens moins farouches. Nous nous y sentons plus en sécurité.
Tana est construite toute en hauteur, sur 12 collines qui surplombent la ville tout autour, à une altitude de plus de 1500 m pour certaines (comme celle du quartier du palais de la reine). Les bas quartiers n'ont ainsi pas de bas que leur nom. On y trouve de nombreux petits artisans, des vendeurs de rues et autres petites boutiques. Tout ici est rouge, couleur de la latérite, la terre de Madagascar qui, en période sèche, produit une fine poussière recouvrant chaque chose et chaque personne.
Les déchets sont partout : ici, le ramassage des poubelles est aléatoire et le recyclage inexistant. C'est une des premières choses qui marque en arrivant à Antananarivo (Tana).
Première impression mitigée donc, Tana est une ville difficile où tout est à réapprendre. Comment trouver à manger ? Comment se déplacer en taxi-bé (bus) ? Ici, rien ne fonctionne comme en France et nous n'avons plus le moindre repaire. Sans compter la pollution, et notamment celle de l'air qui doit largement dépasser les critères français sur les seuils d'alerte. Tana est une des villes les plus polluées du monde, comparable à Mexico. Les embouteillages sont nombreux et la mauvaise qualité du pétrole, non normé comme en France et souvent mélangé à… de l'eau, ne fait qu'empirer les choses.
Mais les gens que nous côtoyons sont chaleureux et nous apprenons tellement de choses ! La meilleure note revient probablement à la nourriture : des dizaines de variétés de fruits et légumes exotiques, du zébu, des recettes asiatiques à la sauce malgache etc. Nous avons de quoi faire et c'est vraiment délicieux. En revanche, il faut aimer le riz et le fameux ranofolo (l'eau de riz).
Ces deux premières semaines ont été consacrées au travail avec une de nos associations partenaires: Mad'arbres. Cette association a pour but de faire découvrir l'arbre et la nature à travers la grimpe (ce que l'on pourrait comparer à de l'accro-branche en autonomie, en quelque sorte). Mad'arbres fait découvrir son univers à des touristes, mais aussi à des enfants grâce à son club de grimpe et le plus important, à des chercheurs qui ont besoin d'observer des plantes ou animaux dans des lieux difficiles. Ils emploient de nombreux malgaches et leur fournissent un moyen de subsistance. D'autres projets sont en développement et nous les aidons dans ce sens. Durant la première semaine, nous avons suivi la formation de grimpe et Simon est devenu un vrai pro !
Pour ce qui est des autres projets: nous avons pris un contact avec une institutrice d'une école populaire qui serait intéressée par un échange culturel avec une école française. Seul problème, l'école n'a pas de connexion internet et 80% des élèves ne parlent pas (et n'écrivent pas !) français. Nous cherchons donc des solutions intermédiaires (utilisation de La poste à la place d'internet, peut être échanges de dessins plutôt que d'écrits, éventuellement si les budgets de notre association grandissent financement de la connexion internet,…) Nous appelons donc les institutrices françaises avec qui nous sommes en contact à nous transmettre leurs idées si elles en ont. A Madagascar, tout est plus compliqué qu'en France… Néanmoins, il est sans doute possible de faire quelque chose.
Nous avons également pris contact avec Graines de bitume, une association qui travaille à la réinsertion des enfants des rues. Nous en reparlerons très prochainement. Concernant les envois d'affaires scolaires dans des écoles défavorisées de Madagascar, il y aura probablement des possibilités aussi.
Le fonctionnement des écoles malgaches.
Les enfants vont à l'école du lundi au vendredi et ne travaillent pas les mardis et mercredis après-midi. Les écoliers ont des tabliers pour se rendre en cours dont la couleur et la forme varient en fonction de l'école et du niveau.
Au niveau lycée, les élèves ont leurs cours en fonction de leurs options et filière, ce qui ressemble assez au système américain.
La plupart des enfants qui en ont les moyens vont dans des écoles privées qui sont d'un niveau un peu plus élevé. La référence à Tana reste le lycée français, géré par la France, même s'il ne s'agit pourtant pas d'un établissement privé, mais d'un établissement payant « public français ». Il emploie des enseignants qualifiés venant pour certains de métropole et avec un salaire similaire (quand les autres enseignants du pays sont payés 40 euros par mois en moyenne).
Les écoles se basent soit sur le programme français des années 1960 (on parle encore du certificat d'études primaires et du BEPC), soit sur le programme belge pour l'essentiel. Dans le public, les moyens sont extrêmement faibles: peu de matériels (une craie vaut presque de l'or). Le niveau des élèves est faible. Beaucoup d'enfants n'y vont pas et préfèrent rester dans la rue ou travailler.
Les niveaux de classes suivent plusieurs systèmes selon le programme utilisé (système français actuel : CP, CE, CM, 6éme, … essentiellement pour les écoles privées ; système français ancien : 11éme, 10éme, 9éme, … 6éme, … essentiellement pour les écoles publiques ; ou encore système typiquement malgache : T1, T2, T3, … pour certaines écoles de brousse).
Pour découvrir les premières photos de notre périple, nous nous invitons à vous rendre sur :
http://objectifmada.free.fr/visionneuse/web/index.html
Nous évoquerons dans notre prochaine newsletter le pillage des ressources naturelles de Madagascar, la déforestation, la gestion des déchets, et nous tenterons de vous faire une description de la famille malgache. Nous parlerons aussi des associations que nous auront contactées.
Par ailleurs, nous quitterons Antananarivo (la capitale) pour Diégo-Suarez (au nord) et ne manquerons pas de vous en faire une description.
A très bientôt.
Simon et Stéphanie
mardi 17 août 2010
Madagascar, J - 1mois
Le jour où j'ai compris qu'il n'y avait pas de destin établi à l'avance, si ce n'est celui que l'on choisi pour soi-même, j'ai commencé à vivre pour de bon. Je venais d'échapper à une longue et grave maladie, et la notion même de vie me semblait désormais bien claire. Après plusieurs mois d'immobilisation, j'expérimentais à nouveau sa principale expression : le mouvement. Je ne me lassais pas de courir, respirer, sourire, faire de la moto ou du parachute. Je savais désormais que l'avenir appartient à ceux qui prennent le leur en main.
Je voulais maintenant être heureux, et pour cela il me fallait changer le monde, à commencer par le mien. S'épanouir, c'est être fier de soi et comme je n'avais encore aucune raison de l'être, il fallait que ça change: je pris ainsi la décision de commencer les grands chantiers de ma vie, ceux qui me permettraient, à termes, de réaliser mes rêves. Non pas plus tard, dans cinq ou dix ans, comme je me disais jusqu'alors, mais tout de suite. Ainsi, peut-être que dans cinq ou dix ans je pourrais être fier de moi. Mais l'ordre des choses veut qu'à chaque force impulsée, une force inverse s'établit. Au fur et à mesure que grandissait ma volonté, mes ennemis grandissaient avec elle. Il ne me fallut pas très longtemps pour faire taire mes ennemis extérieurs, les rabat-joie, les frustrés et les méchants qui ne rêvaient par jalousie que de nous faire tomber, moi et mes projets. Certains jours, ils regagnaient un peu de terrain mais mon ange gardien, ma petite fée à moi, venait en renfort pour leur clouer le bec.
Mes ennemis intérieurs furent plus difficiles à dompter: ma fainéantise naturelle, mon penchant à la prise de tête, à la complication et à la réflexion stérile, ainsi que mon égo parfois un peu trop gros pour une seule personne, furent incontestablement plus coriaces, et plus aptes à faire épisodiquement retomber le moral au fond des chaussettes.
Pourtant, dans exactement un mois, nous serons dans l'avion.
Même si on ne peux pas faire à Madagascar tout ce que l'on avait projeté (par manque de temps pour s'organiser à la veille de la soutenance qui fera peut être de moi un ingénieur écologue, par manque d'argent, par manque de soutien), il ne fait aucun doute que ce sera un voyage inoubliable, à la hauteur de nos espérances, et utile aux gens que nous voulons aider. Ce ne sera peut être qu'un grain de sable d'espoir supplémentaire pour ce pays, mais nous savons tous que ce sont ces petits grains rassemblés qui formeront les dunes capables de ralentir la marée de calamités. Aujourd'hui encore, j'ai vu cette petite flamme dans les yeux de tous ceux qui sont allés à Madagascar, qui en sont revenus et qui en parlent. Cette flamme, je l'ai vue maintenant des dizaines de fois. Aujourd'hui, elle était dans les yeux d'un homme que je n'avais jusqu'alors jamais vu sourire : le professeur d'hématologie que je consulte deux fois par ans.
Madagascar ne peut, je pense, pas vraiment s'expliquer avec des mots: les siens, comme ceux de tous ceux qui nous en ont parlé, étaient simples et retranscrivaient mal l'émotion que je lisais dans sa voix et ses yeux. Dans un mois, ce seront pourtant nos mots qui tenterons de vous expliquer cette ile de tous les extrêmes, et peut-être nos yeux qui en diront un peu plus long sur cette aventure.
Simon.
samedi 17 juillet 2010
Des nouveautés sur le site !!!
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Objectif Mada - Tanjona Mada
Association pour la découverte et la préservation de Madagascar, de son peuple et de sa biodiversité hors du commun
mardi 29 juin 2010
Nouveau look, nouvelle couleur.
samedi 26 juin 2010
Objectif Mada : C'est lancé !!
Aujourd'hui est un grand jour: après des heures de labeur, le projet commence enfin à prendre forme:
- Le dossier de présentation du projet est bouclé
- Le site web est lancé
- L'association est créee
- Les partenariats commencent à se mettre en place.
J'ouvre donc enfin le blog, et vous donne rendez-vous dès le 25 septembre 2010 pour suivre semaine après semaine notre aventure !!